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Assassinat au brouillard d'huile


En un peu plus de 25 ans, les changements technologiques dans les ateliers d’affûtage et chez les fabricants d’outils coupants ont été nombreux.


Tous ont contribué à plus de flexibilité, plus de productivité, plus de précision, plus d’autonomie et plus de confort d’utilisation, mais force est de constater que la question du traitement des brouillards d’huile sur les machines d’affûtage n’a pas beaucoup évoluée.


Et pourtant en 25 ans nous sommes passés du travail à sec au travail sous arrosage de fluide aqueux puis au travail sous huile entière. Mais la qualité de l'air elle n'est toujours pas rassurante.


Brouillard d'huile et santé.

Autant le dire tout de suite, le brouillard d’huile qu'il soit de base aqueuse ou huile entière est catastrophique pour l'être humain.

Nous n'allons pas nous étendre sur les différentes pathologies de la peau, des poumons, du larynx….cancéreuses ou non cancéreuses : le sujet mérite bien plus que quelques lignes dans un blog. 

C’est déjà inquiétant quand on parle de brouillard d’huile, alors imaginez lorsque ce brouillard est en plus chargé de micro poussières de carbure, donc de cobalt, et que ce fluide a évolué chimiquement …. une bombe à retardement pour la santé.

Les brouillards d'huile responsables des pathologies du nez, de la gorge, des poumons, du système respiratoire....

La prise de conscience sur l’urgence de la situation et la nécessité d’agir pour diminuer les risques pour la santé n’est pas encore faite alors même qu’en Italie par exemple, la réglementation d’un côté et les entreprises de l’autre sont extrêmement fermes sur la question de la qualité de l’air dans les entreprises.

C’est aussi le cas dans des pays comme la Suède ou les USA.


Bizarrement il n’y a pas en Allemagne de valeur limite d’exposition et ce depuis 1996, date à laquelle l’Allemagne a abandonné la valeur TRK pour l’ensemble des fluides de coupe, et qui à l’époque était fixé à 10 mg/m3.


En France, la réglementation manque de clarté, les méthodes de mesure sont diverses, et du coup les industriels peuvent se sentir ballotés entre des orientations plus commerciales que réglementaires voir sanitaires.


Retenons 0,5 mg/m3 (concentration moyenne dans l’air des lieux de travail sur 8 heures) comme valeur « objectif à atteindre », et celle de 0,1 mg/m3 en aval des systèmes d’épuration individuel.

Épurateur individuel ou centralisation d'aspiration ? recyclage partiel ou rejet extérieur ?

Les installations individuelles, qui équipent la plupart des affûteuses sont pointées du doigt car elles doivent être équipées d’un système de surveillance mettant en arrêt les machines pour ne pas rejeter d’air pollué dans l’atelier.

Or la quasi-totalité de ces installations (pour pas dire toutes) en sont dépourvus et quand bien même ils équiperaient les épurateurs, les fabricants de machine se refusent pour le moment à interdire le fonctionnement de la machine.


Dispositif de type centrifuge avec filtre finisseur H13, mais sans système de surveillance du bon fonctionnement

Epurateur électrostatique avec indication visuelle du fonctionnement de la haute tension mais pas de la qualité d'air

On pousse donc finalement les industriels à rejeter dehors tous les brouillards et de toute nature, et si dans l’absolu c’est la solution vers laquelle il faut tendre quelques éléments doivent néanmoins être pris en compte :

  • En premier lieu on parle d'un investissement significatif avec le remplacement de tous les systèmes individuels qui recyclent l'air y compris de ceux qui potentiellement peuvent être efficaces.

  • Il faut tenir compte de la sortie extérieur d'un volume conséquent (environ 1000 M3/H par machine dans cas d’une affûteuse 5 axes) ; il faut donc bien faire rentrer le même volume qu'il soit chaud, froid, poussiéreux, odorant. Cela peut nécessiter un traitement en amont et des ouvertures dédiées.

  • Sortir l’air ne veut pas dire ne pas le filtrer. L’obligation DOIT rester la même, et dans certains cas on voit de simples extracteurs centrifuges propulser dehors de l’air vicié à grands coups de décibels.

  • Rejeter l’air dehors NECESSITE des appareils conçus pour ASPIRER+REFOULER ; ce n’est pas simplement connecter un tuyau en sortie de l’appareil pour canaliser l’air dehors (voir plus bas) !

  • Les circuits doivent être différents et les appareils aussi pour les poussières sèches, les brouillards d’huile entière, les brouillards à base d’eau.

  • Les fabricants de machines d’affûtage poussent les acheteurs à investir dans leurs systèmes individuels (un constructeur m’a même récemment indiqué que c’était pour des questions de respect de la certification CE- NDLR :c'est fou !) ; pour autant aucun des épurateurs individuels ne mettent en arrêt la machine si le dispositif ne fonctionne pas, ou plus correctement.

  • Lorsqu’on centralise les aspirations de brouillard il faut prendre des précautions sur les risques de transmission d’incendie d’une machine à l’autre, installer des détecteurs dans les tuyaux, des systèmes d’extinction dans les tuyauteries et des trappes coupe-feu. La miscibilité des huiles entre les machines est aussi obligatoire.

Stop aux modifications hasardeuses !

Et non, la ventilation, l'aspiration, le traitement de l'air cela ne s'improvise pas.

C'est une affaire de spécialistes, et comme pour d'autres domaines il y a des sociétés 100% dédiées à cette compétence.


Installer un appareil sur le toit d'une machine par exemple, c'est ajouter des vibrations au bâti, donc créer potentiellement un mauvais état de surface. C'est aussi prendre le risque que de l'huile stagne sur le toit, coule et progressivement rentre dans les armoires électriques. c'est enfin le risque de bloquer le fonctionnement des trappes de déflagrations. Les installations sur potence, ou au mur sont à privilégier.


Les épurateurs doivent fonctionner en permanence et c'est d'autant plus vrai pour ceux de type centrifuge. Si vous êtes amené à ajouter un appareil à une machine existante ou remplacer un appareil défectueux prévoyez un démarrage dès la mise sous tension de la machine et aucun arrêt lié à l'arrêt de l'arrosage.

Mais logiquement le dysfonctionnement de l'unité doit stopper la machine et empêcher son redémarrage : Normal.... les conditions de travail sont dangereuses.

Les épurateurs de brouillard d’huile électrostatiques individuels sont équipés de ventilateurs d’aspiration INCAPABLES de refouler l’air en sortie dehors. Tout ceux qui ont cru bien faire en installant une cheminée en sortie de filtre vers l’extérieur ont en fait créé 3 conséquences dramatiques :

  1. Le renouvellement d’air est insuffisant, du coup le brouillard reste dans l’enceinte de la machine, pour le plus grand bonheur des poumons des opérateurs, et la mise à disposition d’un comburant en grande quantité en cas d’étincelle,

  2. Plus personne ne se préoccupe du fonctionnement des appareils, donc du traitement ou non de l’air aspiré : autant dire que de l’huile est simplement expulsée dehors en permanence, pour le plus grand bonheur de l’environnement.

  3. Comme le brouillard n’est pas aspiré et traité correctement, il est libéré dans l’atelier et contribue à une pollution progressive de tout l’environnement de travail, des murs, des vitres, des armoires électriques, des faux plafonds, des sols, et des vêtements de travail …


Coupables ou Responsables ?

Serait coupable celui qui consciemment profiterait du crime…. Donc celui qui consciemment jouerait CONTRE la santé humaine, et qui en tirerait un avantage.


Il convient là de parler de responsabilité ou plutôt d'irresponsabilité 😉


  1. Les premiers visés sont les dirigeants ; par le simple fait qu’ils sont dirigeants donc responsables aux yeux de la loi. Ce sont eux qui doivent garantir la qualité de l’air dans leur entreprise, et des conditions de travail saines ; ils doivent prévoir les opérations de maintenance des épurateurs, mesurer ou faire mesurer la qualité de l’air, prévoir les investissements en conséquence. A leur décharge ils ne sont pas beaucoup aidés et notamment par les fabricants de machines et d’équipements pour qui « business is business ».

  2. En deuxième les fabricants de machines ; ils poussent l’acheteur à s’équiper de matériel qui sur le papier ne garantit pas la qualité de l’air, la plupart sans filtre HEPA, et sauf erreur de ma part, AUCUN ne met en impossibilité de travailler avec la machine si le dispositif de filtration de l’air n’est pas opérationnel et efficace. On voit donc encore des machines vendues en 2019 avec des systèmes peu efficaces, mal dimensionnés, sans aucun relayage d’arrêt sur la machine, sans validation de performance en sortie, sans consigne écrite sur les mesures de qualité d’air à établir régulièrement et sans instruction particulière visant à limiter à la source la production de brouillard. De plus la position de la bouche d’aspiration est souvent mal placée, voir directement dans la direction du flux d’arrosage ; on demande alors à l’épurateur de brouillard de traiter du liquide et non plus des gouttelettes en suspension, ce dont il est incapable.

  3. En troisième, les institutions européennes, qui d’une certaine façon n’arrivent pas à s’accorder sur un seuil, sur une technique de mesure, voir sur la certification d’un matériel. On laisse des nouvelles installations se faire au mépris des recommandations, des rejets vers l’extérieur sans le moindre traitement, des installations dangereuses en fonctionnement.

Vers quelles solutions ?

Comme souvent, et à défaut de pouvoir en un claquement de doigt investir dans LA solution miracle, il convient d’étudier la situation actuelle, identifier les machines qui génèrent le plus de brouillard, travailler sur les causes et les possibles solutions pour pouvoir ensuite planifier les opérations de maintenance et les investissements nécessaires.


Chez Chaumet Services Conseils , l'une de nos devises est : "pourquoi changer quand on peut réparer ? "

Dans cet esprit il nous semble important de s'assurer que le matériel existant est bien utilisé dans ces orientations de départ. C'est l'absence de maintenance, de surveillance et d'entretien correctes qui d'abord posent problèmes.


Des solutions SIMPLES et EFFICACES existent et sont à la portée de tous : Il faut lutter contre les meurtres avec préméditation !

Rappelons le, la seule vraie solution est de mettre en place un dispositif d'aspiration et de traitement des brouillards d'huile qui respecte la réglementation.


Les conseils de C.S.C.

  • Faites mesurer la qualité de l’air,

Comptage de particules par classes de taille
  • Faites intervenir des spécialistes sur le sujet de l’aspiration et du traitement des brouillards d’huile. 

  • Arrêtez de nettoyer par vous-même les cellules électrostatiques. Beaucoup des unités expertisées par nos soins ont été partiellement endommagées et ne sont donc plus opérationnelles.

  • Faites nettoyer les cellules électrostatiques et les grilles pré ou post filtre par une société spécialisée.

Nettoyage parfait et non agressif
  • Ajouter une deuxième cellule dans tous les appareils prédisposés pour mais n’ayant qu’une unité (couramment appelé duplex incomplet)

  • Ayez toujours au minimum une cellule d’avance et/ou des jeux de filtres de remplacement.

  • Faites évoluer progressivement vos achats machines vers une centralisation avec recyclage partiel intérieur ; plus on centralise moins le cout par machine est important.

  • Demandez conseil à INRS, CARSAT etc…

  • Téléchargez le guide de la ventilation de l’INRS ed972.


Un dernier point, essentiel à nos yeux, demandez un suivi précis et régulier à la médecine du travail pour votre personnel quant aux risques liés au cobalt, aux huiles entières, aux fluides aqueux.


"Prévenir avant d'avoir à guérir"

Article rédigé par Christophe Chaumet, Président/fondateur de Chaumet Services Conseils

Le contenu et les propos n’engagent que son auteur.

Photos personnelles ou en accès libre.


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